Il existe des lieux qui portent plusieurs vies en eux. La Pagode, dans le 7ᵉ arrondissement de Paris, en est l’exemple parfait. Construite à la fin du XIXe siècle par l’architecte Alexandre Marcel comme lieu de réception, transformée en cinéma en 1931, classée depuis au patrimoine parisien — chaque époque lui a ajouté une strate d’histoire sans jamais effacer la précédente. Ce projet vient écrire le prochain chapitre : la création d’un centre culturel dédié au cinéma, dans un bâtiment adjacent à La Pagode historique, une ancienne ambassade dont les volumes et le sous-sol particulièrement vaste offrent des possibilités architecturales remarquables.
Un bâtiment diplomatique comme point de départ
L’histoire du bâtiment investi par ce projet est elle-même singulière. Ancien bâtiment diplomatique, il possède une identité architecturale propre et des niveaux en sous-sol d’une ampleur rare pour le centre de Paris. Plutôt que de traiter ces caractéristiques comme des contraintes à contourner, le projet les utilise comme matière première — le bâtiment existant devient le support d’un programme culturel entièrement nouveau, qui dialogue avec ce qu’il a toujours été.
Un théâtre inséré dans un bâtiment qui n’en était pas un
L’un des enjeux majeurs du projet est la création d’un théâtre dans un espace qui n’a jamais été conçu pour cet usage. Volumes, circulations, accès, expérience du spectateur — tout doit être repensé sans pour autant effacer la mémoire du bâtiment. C’est un exercice d’équilibre délicat, qui demande de comprendre simultanément l’histoire du lieu, ses contraintes techniques et la manière dont un public contemporain s’y déplacera, s’y installera, y vivra une expérience.
Le théâtre ajoute une dimension supplémentaire au récit du site : après avoir été lieu de réception, puis temple du cinéma parisien, il accueille désormais une nouvelle forme de spectacle vivant.
Trois salles de cinéma en sous-sol : une ville intérieure
Le sous-sol du bâtiment, particulièrement vaste, a permis d’imaginer quelque chose d’ambitieux : trois salles de cinéma, créant une véritable infrastructure dédiée au septième art au cœur du 7ᵉ arrondissement de Paris. L’enjeu était de transformer un espace enterré en un environnement accueillant, confortable et qualitatif — avec toutes les contraintes que cela implique : circulation du public, acoustique, sécurité incendie, accès aux salles, espaces techniques.
Le résultat est une sorte de ville intérieure du cinéma, organisée autour de ses salles et de leurs espaces communs, qui augmente considérablement la capacité culturelle du site sans toucher aux espaces patrimoniaux les plus emblématiques.
Prendre un café dans une salle historique
Le projet ne se limite pas aux espaces de spectacle. Une attention particulière a été portée à la dimension quotidienne et conviviale du lieu — notamment la création d’un espace permettant de prendre un café dans une salle historique du bâtiment.
Ce détail en dit long sur l’ambition du projet. Un centre culturel qui ne vit que le temps d’une projection reste un équipement. Un lieu où l’on peut s’attarder, se retrouver, prendre le temps — le patrimoine comme décor du quotidien plutôt que comme objet de visite — devient une vraie destination.
Patrimoine et nouveaux usages : une cohabitation exigeante
Ce projet illustre parfaitement ce que peut accomplir l’architecture intérieure dans un bâtiment historique classé : intervenir sans effacer, transformer sans dénaturer, créer de nouveaux usages tout en conservant ce qui donne au lieu son identité. L’histoire de La Pagode — son architecture japonisante, son lien profond avec le cinéma parisien — constitue non pas une limite, mais le point de départ d’une nouvelle architecture de la culture à Paris.
Entre théâtre, salles de cinéma, espaces patrimoniaux et lieux de convivialité, l’ensemble compose une nouvelle destination culturelle au cœur de Paris — ancrée dans son histoire, ouverte sur ses usages contemporains.







