Travailler sur La Pagode est une expérience à part. Ce n’est pas un projet comme les autres — pas un espace vierge qu’on remplit, pas une page blanche sur laquelle on dessine librement. C’est un lieu qui existe déjà profondément, qui possède une histoire, une architecture, des matières, une mémoire. Et c’est précisément cette richesse qui rend l’intervention aussi délicate qu’exaltante.
Mon rôle ici n’est pas d’imposer une nouvelle identité au bâtiment. C’est de comprendre ce qui fait sa force — et de trouver la manière la plus juste de faire dialoguer patrimoine et création contemporaine.
Ajouter sans dénaturer
C’est peut-être la formule qui résume le mieux l’approche adoptée sur ce projet. Dans un lieu aussi chargé d’histoire que La Pagode, chaque décision — une couleur, un meuble, un matériau — prend une importance considérable. Ce qui semblerait secondaire dans un projet classique devient ici un choix architectural engageant.
Une couleur peut modifier complètement la perception d’un espace. Un meuble peut renforcer une perspective ou, au contraire, venir perturber la lecture d’un décor historique. La vigilance doit être permanente — et l’ego de côté.
Je ne cherche pas à reproduire le passé. Je cherche à créer une continuité entre ce qui existe et ce qui se crée aujourd’hui — une continuité lisible, honnête, qui assume son époque sans jamais la plaquer sur une architecture qui n’en a pas besoin.
La nouvelle entrée : le premier geste contemporain
L’un des éléments les plus intéressants du projet est la création d’une nouvelle entrée. C’est le premier contact du visiteur avec cette nouvelle étape de La Pagode — un moment important, qui doit à la fois annoncer ce qui suit et s’inscrire dans la continuité de ce qui précède.
Mon intervention porte sur les matériaux, les couleurs et le mobilier de cet espace. Le parti pris est volontairement contemporain — et assumé comme tel. Je ne cherche pas à faire croire que cette intervention a toujours existé. Elle doit pouvoir raconter son époque, tout en respectant ce qui était là avant elle. C’est précisément cette confrontation entre deux temporalités qui donne au projet toute sa profondeur.
Le mobilier comme trait d’union
Dans un lieu historique, le mobilier ne se choisit pas comme dans un espace neuf. Il doit être particulièrement bien proportionné, accompagner l’architecture sans chercher à rivaliser avec elle, apporter une lecture contemporaine sans écraser ce qui existe.
Je travaille sur des pièces qui jouent ce rôle de trait d’union — entre l’architecture historique et les nouveaux usages, entre le décor existant et les interventions actuelles. Non pas meubler un espace, mais participer à son atmosphère.
La couleur pour révéler, pas pour transformer
La réflexion sur les couleurs suit la même logique. Avant de proposer quoi que ce soit, il faut comprendre les tonalités déjà présentes dans le bâtiment — la lumière, les matériaux, les éléments architecturaux existants. La palette contemporaine vient compléter l’existant, pas le combattre.
Dans un projet comme celui-ci, quelques choix bien maîtrisés valent mieux qu’une accumulation d’effets. La précision de l’intervention est ce qui garantit sa discrétion — et sa durabilité.
Un monument qui continue à vivre
Ce qui m’intéresse profondément dans ce projet, c’est l’idée qu’un bâtiment historique classé n’est pas condamné à l’immobilité. Il peut évoluer, accueillir de nouveaux usages, rencontrer une nouvelle génération de visiteurs — à condition que cette évolution soit menée avec beaucoup de finesse et de respect.
La Pagode possède une identité tellement forte que mon rôle est avant tout de l’accompagner. Mettre en valeur ce qui existe, proposer des interventions contemporaines en architecture intérieure qui s’inscrivent naturellement dans cette histoire, et permettre à ce lieu unique du 7ᵉ arrondissement de Paris de continuer à vivre — pleinement, et avec son caractère intact.







